Artifices

• They always come back •

Je n’ai pas dormi chez moi la nuit dernière. Pour une fois depuis un sacré bout de temps, j’ai lâché prise et j’ai suivi mes envies et mon instinct. Et qu’est ce que ça m’a fait du bien.

Je me revois il y a quelques mois encore dans mon bain chaud, ne pouvant pas m’arrêter de pleurer lorsqu' Eden m’a dit ces mots "passe à autre chose". Quel enfoiré il avait été et pourtant je ne pouvais pas me résigner à le perdre après tous les efforts que j’avais déployé pour le récupérer. Des mois d’attente dans l’espoir qu’on se remette ensemble. Des mois à être "l’autre fille". Des week-ends passés ensemble. Des centaines de discussions à tourner en rond. Des messages ignorés. Des promesses en l’air. Et rien à la fin.
J’ai compris ce soir là qu’il fallait que je t’oublie et c’est ce que j’ai fait. Je t’ai dit que j’étais arrivé au bout de ce que je pouvais avec toi, que tu m’avais perdu et qu’il ne fallait pas que t’espère revenir un jour. Je t’en ai tellement voulu de ne pas avoir eu le courage d’essayer avec moi. Je ne pouvais rien y faire, mais toi si et tu n’as rien fait. Cela m’a tué de voir que tu étais prêt à me laisser partir, tout en sachant ce que ça impliquait. Tu m’a dis de passer à autre chose, et c’est ce que j’ai fait.

Et puis il y a eu les vacances à la montagne ces dernières vacances. La station était toujours aussi belle. La neige aussi. Au bout de quelques jours j’ai rencontré ces parisiens prêts à faire la fête. Et c’est dans ce bain nordique, les joues rouges, les épaules dénudées et le mascara coulant, que j’ai rencontré Rob. Le soir même je leur faisais visiter la station et on buvait jusqu’à oublier qu’on avait tant d’années d’écart.
Je crois que je l’ai immédiatement bien aimé. C’est même sûre. Il me fait rire. Il me regarde et me parle comme si rien n’était important. "Mais amuse-toi. Te prends pas la tête enfin. T’es jeune." Et il a raison. Il a l’air perdu. Mais je pense qu’en réalité c’est parce-qu’il ne perds pas son temps avec les choses futiles et ne se concentre que sur celles qui importent.
On a passé une semaine à se chercher entre les pistes de ski la journée, et les bars la nuit. En se quittant il y a deux semaines il m’avait dit dans son sommeil à moitié bourré à moitié fatigué "on se reverra sur Paris...". (Et c’est ce qu’on a fait hier soir.)

J’étais enfin bien. Et c’est toujours quand tu passes à autre chose que tes plus beaux démons reviennent.

Eden m’a dit qu’il avait eu pas mal de temps pour réfléchir, qu’il avait pris conscience de certaines choses. Il m’a dit qu’il avait enfin cerner ce qu’il voulait et qu'il avait envie de tenter. Il vient le week-end prochain pour qu’on en parle et qu’on voit ce qu’on fait.

Mais moi je ne sais plus vraiment ce dont j’ai envie. C’est comme si la dernière fois il avait tout détruit, mais que je n’étais toujours pas capable de lui dire non.
A la place, j’ai décidé de continuer à vivre ma vie comme j’en avais envie. Peut importe ce qui se fait ou ce qui se fait pas.

Et hier soir, j’ai passé une super soirée. A oublier ce que j’étais supposé faire et à oublier qui je suis supposé être. J’en suis même nostalgique. Des images de ma nuit me reviennent.

Je revois le corps de Rob sur le mien, et mon portable vibrer sur la table de nuit à côté.