Artifices

• J’ai quelque chose à te dire •

Parfois je me demande quand est-ce que j’aurais le courage de lui en parler.

Je me rappelle du jour où je l’ai appris. J’étais allé aux urgences gynécologiques pensant que j’allais ressortir de là avec un petit traitement pour mycoses. Au lieu de ça ce sont les mots « IST » et « il existe des traitements, mais vous n’en guérirez jamais » qui ont résonné dans ma tête. On pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres, que ça ne nous touchera jamais. Je crois que j’ai un peu paniqué au début. Puis j’ai commencé à poser pleins de questions. Je me suis d’abord demandé comment j’avais été contaminé. La médecin m’a expliqué qu’il était impossible de le savoir car le virus pouvait être présent depuis des années dans le corps et ne se manifester que maintenant. Qu’il était très contagieux, et qu’un simple contact peau à peau suffisait. Qu’il n’existait pas vraiment de méthode de dépistage fiable à ce jour. Je me rappelle qu’elle était gentille et qu’elle n’avait pas l’aire plus étonnée que ça. Je ne sais pas trop si elle a dit ça pour me rassurer ou pas, mais elle m’a dit que 80% de la population porterait le virus, mais peu d’entre nous le développerait. Qu’en fait c’était une question de chance. Que je ne pourrais jamais savoir quand la prochaine crise arriverait. Que certaines personnes en avait plusieurs par an, et d’autres une seule dans toute leur vie. Que je ne pouvais rien y faire et que je devrais apprendre à vivre avec. Une question de chance, en effet.

Le plus dure dans cette maladie, je crois que ce n’est pas de la subir d’un point de vue physique. Je crois qu’en fait c’est plutôt le regard des gens, et les aprioris qu’ils ont quand on leur dit.
J’ai mis une semaine à le dire à mon copain de l’époque. J’avais trop honte de lui annoncer que j’étais atteinte, et que lui aussi à mon avis en conséquent. Même si je pense que c’est lui qui m’a contaminé après m’avoir trompé avec plusieurs filles.
Je ne l’ai jamais dit à mes amies. Je ne sais pas comment est-ce qu’elles réagiraient et j’ai pas vraiment envie de le savoir. Sachant que c’est incurable, je préfère y réfléchir à deux fois avant d’en parler.
Je ne sais toujours pas comment le dire à mes amants futurs ou à venir.

J’ai couché avec Stan déjà quelque fois. Je voulais pas. Je n’ai donc pas pu lui dire. Mais d’un autre côté il ne m’a pas vraiment demandé. Je ne me sens pas vraiment coupable de ne pas lui avoir dit. Dans le sens où je vois pas à quel moment j’aurais pu lui dire que je voulais qu’on se protège alors que je lui avais dit que je voulais pas coucher avec lui.
Au fond, c’est presque ironique.